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Samedi 31 octobre 2009

Pour cette création à une tête d’affiche (Jean-Pierre Darroussin), le théâtre du Rond-Point propose au spectateur d’assister à un huis-clos à la ferme briarde de feu M. Cheutié, maire du village de La Chapelle-en-Brie pendant des dizaines d’années. André Cheutié, son fils et maire déchu, rumine sa misanthropie dans cette ferme, noyée sous la pluie depuis 40 jours. La nuit de la Toussaint, il va recevoir la visite plutôt inopportune de ses trois frères : Albert Cheutié, DRH licencié depuis 6 mois (joué par Pascal Elso), Alain Cheutié, ancien flic à la retraite (Patrick Bonnel) et Arnaud Cheutié le saltimbanque de la famille (Philippe Risler). Ils ne se sont pas vus depuis plusieurs mois, ont tous leurs vieilles rancunes et leurs lourds secrets.

Dans un décor réaliste et plutôt réussi grâce à l’accumulation de dizaines de bouteilles de vins sur toute la scène, cette bonne idée de départ (la relation entre les quatre frères, l’image sociale de chacun, les secrets de famille…) commence comme une simple comédie pour se terminer dans une noirceur improbable. Si Jean-Pierre Darroussin est assez « bon misanthrope » en pyjama, si le texte fait preuve d’un humour cynique dès le début, très vite les calembours s’enchaînent et le sur-jeu des comédiens (en particulier de Patrick Bonnel, insupportable) font totalement écran à une possible poésie noire. Le spectateur assiste à une partition sans nuance aucune, digne d’une pièce de boulevard plombée par les grosses ficelles et le vocabulaire plat comme la Brie (« Tu t’es fait refaire les paupières à l’œil »), voire inutilement vulgaire (« J’en ai marre de réparer vos conneries ! Toute ma putain de vie, j’ai réparé vos conneries ! Je me demande même si Dieu ne m’a pas créé pour réparer vos conneries ! Tu répareras les conneries de tes frères ! »). Au lieu de l’intériorité et de la retenue qui auraient été nécessaires pour faire oublier le peu d’inspiration du texte (d’Alain Gautré), les comédiens tournent en rond. Florence Payros (qui joue Alexandra Selymes, la maîtresse d’Albert) s’emmêle dans son accent croate et ne trouve pas sa place dans la fratrie Cheutié. Les entrées et sorties, trop prévisibles, terminent de fatiguer le spectateur qui ne parvient pas du tout à s’intéresser au drame familial révélé à la fin de la pièce.

 

Critique rédigée par Sarah

 

La Chapelle-en-Brie, d’Alain Gautré

Était donné au théâtre du Rond-Point du 15 septembre au 31 octobre 2009 et sera donné entre le 3 novembre 2009 et le 19 janvier 2010 à Rueil-Malmaison, Guyancourt, Villeneuve-sur-Lot, Cahors, Ales, Narbonne, Lattes, Albi, Chelles, Saint-Quentin, Amiens, Limoges, Nice, Aix-en-Provence, Rungis, Compiègne, Le Creusot, Château-Gontier, Fontainebleau.

Mis en scène par Alain Gautré

Avec Patrick Bonnel, Jean-Pierre Darroussin, Pascal Elso, Florence Payros, Philippe Risler.

Scénographie d’Orazio Trotta et Alain Gautré

Par Lwiss - Publié dans : Critiques - Communauté : Spectacle vivant
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Lundi 26 octobre 2009

Premier opéra de la saison lilloise, Dardanus, de Jean-Philippe Rameau était conduit avec brio par Emmanuelle Haïm tandis que Claude Buchvald massacrait le plateau avec une mise en scène d’un niveau intellectuel atteignant le vide sidéral.

 

Sur le papier, le spectacle s’annonçait déjà assez peu réjouissant. Dardanus s’appuie sur un livret de Charles-Antoine Le Clerc de la Bruère, inspiré de la mythologie romaine et l’argument n’est pas particulièrement excitant. Néanmoins, Rameau a écrit pour cet opéra quelques-unes de ses plus belles pages et le Concert d’Astrée nous avait déjà enthousiasmés de son interprétation de l’Orfeo de Monteverdi au Théâtre du Châtelet. La production de l’Opéra de Lille a alors caricaturé nos craintes et nos espoirs.

De l’argument pompeux et ennuyeux, Claude Buchvald a donné une mise en scène lourde et écœurante de niaiserie. Il en devient même difficile de sélectionner quelques exemples tant l’ensemble est raté et risible. On retiendra quand même la dernière scène pendant laquelle Dardanus et Iphise sont enfin réunis et ne trouvent rien de mieux que de chanter leur bonheur raides comme des piquets chacun à un bout de la scène. Puis ils réalisent soudain que plus rien ne les empêche de s’étreindre et ils s’embrassent avec des airs de poissons rouges découvrant l’océan tandis qu’une pluie de pétales les asperge de ridicule. Il faut aussi rendre hommage à la créatrice des costumes, Corine Petitpierre,  dont l’absolu mauvais goût devrait faire date dans l’histoire de l’opéra. Là encore, difficile de retenir un seul exemple mais je me force à ne pas trop vous donner la nausée en me limitant à la tenue de Vénus : une robe saumon et un châle bleu pisseux, le tout avec une forme de pièce montée mal cuite. Il n’y avait donc plus qu’une chose à faire : se concentrer sur la direction parfaite d’Emmanuelle Haïm et profiter d’une distribution, certes inégale, mais plutôt réjouissante. Ce sont surtout les hommes qui ont séduit mon oreille, à commencer par Anders J.Dahlin, époustouflant en Dardanus. Sa voix est indescriptible de beauté tant ses graves chauds et ronds rivalisent avec des aigus doux et purs : un délice léger et subtil. A ses côtés, Andrew Foster Williams (Isménor) et Trevor Scheunemann (Anténor) excellent dans les vocalises de Rameau et impressionnent par une diction sans reproche. Côté femmes, Sonya Yoncheva donne à entendre une Vénus très à l’aise dans les aigus et au timbre très agréable. Ingrid Perruche est moins convaincante en Iphise. Son interprétation est peu engagée et, personnellement, je n’apprécie pas beaucoup son timbre, surtout dans les aigus, et son vibrato.

 

Il fallait donc se concentrer sur la musique, autant pour en saisir toutes les subtilités et se laisser enivrer par l’esthétique ramiste que pour oublier au plus vite une mise en scène indescriptiblement laide.

 

Dardanus, de JP Rameau

était donné à l'Opéra de Lille jusqu'au 24 octobre et sera donné à Caen le s5 et 7 novembre 2009 et à Dijon  le s18 et 20 novembre 2009

Dirigé par Emmanuelle Haïm

Mis en scène par Claude Buchvald

Chorégraphie de Daniel Larrieu

Avec Ingrid Perruche, Anders J.Dahlin,  Andrew Foster-Williams, Trevor Scheunemann, Sonya Yoncheva, François Lis

Orchestre Le Concert d'Astrée

Par Lwiss - Publié dans : Critiques - Communauté : Spectacle vivant
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Lundi 26 octobre 2009

Après les reprises du très réussi Wozzeck de Marthaler et du lamentable Barbier de Séville de Séreau, l’Opéra Bastille présentait au mois d’octobre une nouvelle production : La Ville morte, d’Erich Wolfgang Korngold, jouée pour la première fois à Paris. Ce spectacle a remporté l’adhésion de très nombreuses critiques et fait le plein quasiment tous les soirs mais il reste encore quelques places pour la dernière, mardi 27 octobre à 19h30.

 

A Bruges, Paul ne se remet pas de la mort de Marie. Sa tristesse le plonge dans des hallucinations qui lui font rencontrer Marietta, une danseuse qui le séduit tant elle ressemble à Marie. La mise en scène de Willy Decker et les décors et les costumes de Wolfgang Gussman nous emportent avec génie dans les songes de Paul. Le salon dans lequel on le voit se lamenter au lever de rideau s’éventre soudain pour faire jaillir les personnages qui peuplent ses rêves. La réalité se mélange avec le fantasme et la divagation dans un tourbillon de lumières. On est happé dans cet univers instable et projeté au cœur de la détresse de Paul. Le seul reproche qu’essuie cette mise en scène tient dans un élément plutôt maladroit : le plafond du salon se tord quand Paul commence à se perdre dans ses songes et parvient alors à couper la vue des spectateurs du second balcon sur le fond de scène, au moment même où une procession s’y déroule. Une large partie du public se retrouve alors privée de ces belles images.

Sur ce plateau transformé en divagation, les solistes se montrent parfaitement convaincants. Robert Dean Smith et Ricarda Merbeth impressionnent par la justesse de leur interprétation, renforcée par une émission très pure qui permet à leur voix de dominer (enfin presque !) un orchestre fourni et puissant. Les seconds rôles sont tout aussi bien pourvus et Stéphane Degout est remarquable en Frank. Dans la fosse, l’orchestre se bat avec force et vaillance pour venir à bout de la partition foisonnante de Korngold. Les vents sont à l’honneur et Pinchas Steinberg mérite l’ovation qu’il reçoit au salut tant sa baguette donne une allure majestueuse à la musique. On ne parvient même pas à lui en vouloir de n’avoir pas su contrôler le volume de ses musiciens qui dépassa à plusieurs reprises celui des solistes.

 

Cette nouvelle production de l’Opéra National de Paris est donc une vraie réussite, qui nous rassure, après Mireille, sur la capacité de Nicolas Joël de programmer des pièces audacieuses dans des mises en scène inventives. C’est incontestablement un opéra à ne pas rater.

 

La Ville Morte, d’Erich W.Korngold

A l’Opéra bastille jusqu’au 27 octobre à 19h30

Dirigé par Pinchas Steinberg

Mis en scène par Willy Decker

Avec Robert Dean Smith, Ricarda Merbeth, Stépahne Degout, Doris Lamprecht

Chœur et Orchestre de l’Opéra National de Paris

Tarifs : de 5 à 138€

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Vendredi 23 octobre 2009

Dimanche 18 octobre, 17h, nous faisons notre rentrée au théâtre des Champs-Élysées où nous sommes invités par le directeur du Palazetto Bru Zane à la représentation en version concert d'Andromaque d'André Ernest Modeste Grétry.
Comme à l'habitude et même avec des invitations, nous rencontrons des problèmes avec nos places. La dernière fois, notre réservation n'avait carrément pas été prise en compte, cette fois une de nos invitations indique un fauteuil déjà occupé. Et comme nous sommes jeunes, l'homme qui se trouvait devoir partager sa place avec moi n'a pas bougé un pouce pour éclaircir la situation. Il y a fort à penser que si nous étions venus dans le cadre de notre abonnement jeune, plaider notre cause aurait été fastidieux mais le fait d'être invité et placé à la corbeille a joué pour nous et une aimable ouvreuse nous a simplement replacés... à la loge d'honneur.

Bref, nous avons ainsi pu profiter pleinement de la musique et du spectacle car même sans mise en scène, voir Hervé Niquet diriger le Concert Spirituel revient à assister à un numéro de cirque assez étonnant. C'était la première fois que nous voyions ce trublion en scène et autant dire que la surprise fut grande. Avec le Concert Spirituel, Hervé Niquet a réalisé de nombreux enregistrements de pièces baroques et j'en ai écouté beaucoup, acheté quelques-uns. Joués sur instruments d'époques, ces enregistrements m'ont toujours beaucoup plu par leur vivacité et leur grande expressivité quasi théâtrale. Or, ce soir-là l'image rajoutait à la musique et ce fut trop. L'exécution caricaturale des nuances et des accents par Hervé Niquet permet de rendre une écoute sur CD presque palpitante. Le voir gesticuler autour de son pupitre en s'agitant dans de grands mouvements chevaleresques, pourfendant l'air avec sa baguette brandie comme une épée devient en fait très vite très agaçant. A cela s'ajoutent des musiciens tout aussi gesticulants, surjouant leur inspiration. Le cocktail est écœurant tant cette gestuelle renforce une musique déjà caricaturée où il n'existe pas de nuance ni de subtilité. Et si l'on a pu apprécier la qualité des enregistrements, on apprécie ici le travail de mixage qui a du être fait pour les produire car, en concert, on assiste à une réalisation brouillonne par un orchestre parfaitement désaccordé. Pas une mesure ne s'écoule sans que l'harmonie en soit gâtée par des défauts immenses de justesse.
Il ne restait plus qu'à se délecter des solistes qui, heureusement, savaient insuffler de l'esprit dans ce torrent de grossièretés. Si Karine Deshayes m’a un peu fait peur en première partie car elle me semblait peu assurée, je l’ai trouvée très convaincante en deuxième partie, développant un beau timbre, très doux. Son interprétation était un peu timide mais cela la rendait aussi touchante. A ses côtés, dans le rôle de Pyrrhus, Sébastien Guèze s’est révélé en jeune ténor très prometteur. Sa voix vaillante et brillante était idéale pour ce rôle et son énergie régalait la partition. Maria Riccarda Wessling et Tassis Christoyannis faisaient figure d’aînés en Hermione et Oreste. Leurs timbres chauds et leur interprétation très engagée tout en étant ciselée furent un ravissement.

 

Au final, ce concert fut très applaudi par un public apparemment enthousiaste face à l’esbroufe de Niquet. Mais après tout, pourquoi bouder son plaisir face au charme tout à fait désuet d’un orchestre jouant le baroque à la mode des années 1950 dans un théâtre vieillot accueillant une bonne société sortie de l’ancien régime ?

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Samedi 17 octobre 2009

Quatrième opéra de la saison à Bastille (le cinquième de la programmation de l'Opéra national de Paris), L'Elixir d'Amour, de Gaetano Donizetti, revient dans la mise en scène de Laurent Pelly, montée la première fois en 2006 dans le même opéra Bastille, avec une distribution à couper le souffle.

 

Pour la première fois depuis mon installation à Paris, j’ai testé les places à 5€ de l’opéra Bastille. Chaque soir, cette salle met en vente 62 places en fond de parterre. Le placement est libre, debout et les surtitres ne sont pas visibles. Comme toutes les places bon marché de l’Opéra National de Paris, elles sont vendues uniquement au guichet. Pour les obtenir, il faut faire la queue le jour même devant l’opéra Bastille et attendre l’ouverture des portes à 18h15 pour accéder aux bornes automatiques qui délivrent le précieux sésame. J’ai donc bravé le froid de 16h15 à 18h15 pour être parmi les 62 heureux élus du jour. Inutile de dire que ceux qui sont arrivés après 17h30 sont repartis bredouille. Par ailleurs, il ne restait pour cette représentation aucun billet à vendre à l’ouverture du rideau mais cela n’a pas empêché certains fauteuils de rester inoccupés et j’ai pu me glisser jusqu’au second balcon et j’ai donc assisté au spectacle assis, en voyant parfaitement la scène et les surtitres, tout cela pour cinq euros… et deux heures à grelotter dans le vent froid qui giflait les murs de l’Opéra.

 

En 2006, lors de la première série de représentation de cette production, les critiques avaient salué la mise en scène de Laurent Pelly, peu originale, il est vrai, en situant l’action dans l’Italie des années 1950, mais bien rythmée et assez enthousiasmante. Ce commentaire tient toujours puisqu’effectivement la création de Laurent Pelly et de Chantal Thomas (décors et costumes) est efficace, drôle, sans effets ni surprises mais laissant aux chanteurs l’occasion d’affirmer leurs voix et leurs personnages. La vraie différence avec la production de 2006 et sa reprise en 2007 est en fait à entendre. A lire les critiques de l’époque, le plateau vocal était assez peu réjouissant, si ce n’est un Laurent Naouri en Belcore bien inspiré. Cette fois, l’Opéra National de Paris s’offre une distribution fabuleuse avec Anna Netrebko en Adina et Giuseppe Filianoti en Némoirino. Toutefois, ces deux rôles sont tenus en alternance avec Tatiana Lisnic et Charles Castronovo (également à l’affiche de Mireille au palais Garnier). Jeudi soir, Filianoti était souffrant et c’est Charles Castronovo qui a pris la relève, constituant avec Netrebko un duo inédit.

Tous les ingrédients d’un spectacle exceptionnel étaient réunis et c’en fut un. Anna Netrebko est une soprano à la voix délicieusement légère et au vibrato envoûtant. Son jeu cabotin et malicieux dessine une Adina terriblement charmante qui aborde les nombreuses vocalises de Donizetti avec une facilité déconcertante. Face à elle, Charles Castronovo campe un Némorino timide et un peu benêt. Vocalement, le ténor fait preuve d’un jeu sensible et très expressif qui atteint une apothéose flamboyante dans son air Una furtiva lacrima, un moment de pure extase où l’on sent le public retenir son souffle jusqu’à la dernière note avant d’offrir une longue ovation. Les barytons ne sont pas en reste. George Petean ne nous émeut pas autant que les deux premiers rôles mais cela tient plus à son jeu d’acteur un peu pataud qu’à sa voix ; tandis que Paolo Gavanelli est un docteur Dulcamara hilarant, au timbre rond et aux accents badins. Dans la fosse, Paolo Arrivabeni, dirige rondement l’orchestre de l’Opéra National de Paris et tire de cette formation une interprétation précise et riche en couleurs. Musicalement, la seule déception vient du chœur qui montre quelques faiblesses rythmiques dans le premier acte avant de se rattraper, en particulier avec un bel ensemble de femmes au début du second acte.

 

Cette reprise de L’Elixir d’Amour est donc une occasion de passer une excellente soirée, riche en émotion, tant la sublime partition de Donizetti est enluminée par une distribution exceptionnelle.

 

 

L’Elixir d’Amour de Gaetano Donizetti

Mise en scène : Laurent Pelly

Décors et costumes : Chantal Thomas

 

Direction musicale : Paolo Arrivabeni

Chef de chœur : Alessandro di Stefano

 

Avec

Anna Netrebko (20 et 23/10) / Tatiana Lisnic (17 et 25/10)

Giuseppe Filianoti (20 et 23/10) / Charles Castronovo (17 et 25/10)

George Petean

Paolo Gavanelli

Jaël Azzaretti

 

A l’Opéra Bastille jusqu’au 25 octobre à 19h30 (sauf le 25/10 à 14h30)

Prix des places : de 5 à 172€

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Vendredi 9 octobre 2009
Après une ouverture de saison en demi-teinte de sa saison par une version classique de la Flûte Enchantée, le Théâtre du Châtelet renoue avec une programmation surprenante en programmant une version africaine du même opéra : Impempe Yomlingo.

Imaginée en 2006 à Cape Town par le metteur en scène Mark Dornford-May, cette production réunit une troupe composée exclusivement de musiciens et de chanteurs noirs sud-africains. Tournant aussi bien dans les townships qu'à l'étranger, cette troupe s'approprie le répertoire européen pour le réinventer et en faire une œuvre africaine.
Lorsque l'on pénètre dans la salle, les artistes sont déjà sur scène, discutent et rient. Des deux côtés d'un plateau en parquet fortement incliné, 16 marimbas font office d'orchestre symphonique. Puis la lumière s'éteint et les musiciens prennent place derrière leurs instruments pour interpréter une version époustouflante de l'ouverture de l'opéra de Mozart. Avec étonnement, on s’aperçoit que les marimbas produisent une musique riche et pleine de nuance qui donne à la musique viennoise une couleur insoupçonnée. Puis rentre Tamino, poursuivi par un monstre qui crache de la fumée à travers les lattes du parquet. Il appelle à l’aide mêlant anglais et dialecte sud-africain et obtient le secours des trois dames de la Reine de la Nuit. Si la musique est scrupuleusement respectée, le livret s’éloigne largement d’une simple traduction de l’allemand. Les dialogues sont pleins d’un humour inattendus. Papageno raconte comment il a vaincu le serpent (c’est un mensonge bien sûr) : « First I was afraid, I was petrified ! » Les voix ne sont pas lyriques bien qu’elles cherchent à s’en approcher. Elles sont un mélange de soul et de gospel qui réchauffe les airs et surtout les ensembles, particulièrement rythmés et réjouissants. Dans un décor d’échafaudages qui rappellent un milieu urbain dégradé,  l’opéra se fait fable au service d’un idéal d’égalité entre l’homme et la femme, appelés tous deux à combattre le mal. Là encore le livret est réécrit pour effacer ses empreintes misogynes et dessiner un hymne à l’égalité. Loin de dénaturer l’œuvre, cette réécriture lui donne une portée nouvelle et vise d’autant plus juste qu’elle naît de l’histoire de l’Afrique du Sud, traversée par la question de l’égalité et de la rencontre parfois violente entre une culture européenne et une culture africaine.

La musique même est enjeu d’égalité puisque, si les rôles principaux sont tenus par des solistes, ceux-ci sont amenés aussi bien à prendre part au chœur qu’à l’orchestre. Dans ce bel ensemble, les voix des solistes ne retiennent d’ailleurs pas vraiment l’attention. Nobulumko Mngxekeza (Pamina) développe le timbre le plus lyrique de la troupe et émeut par une interprétation pleine de fougue. En revanche, Pauline Malefane n’a pas la voix taillée pour la Reine de la Nuit et ses accents lyriques ne parviennent pas à masquer de réelles difficultés à porter vocalement ce rôle. Mhlekazi Andy Mosiea interprète quant à lui un Tamino à la voix particulièrement claire et légère, un régal qui n’a rien de lyrique mais qui s’avère terriblement savoureux. Papageno (Zamile Gantana) est absolument désopilant tandis que Sarastro (Simphiwe Mayeki) impressionne par sa solennité et son charisme. Finalement, le seul véritable reproche que l’on peut faire à cette production est d’avoir raccourci l’opéra. D’une part, on aurait bien profité plus longtemps de cette excellente musique. D’autre part, on regrette franchement la suppression de plusieurs couplets dans quelques uns des airs les plus fameux de l’œuvre voire la suppression pure et simple de deux des plus beaux airs de Papageno et de Pamina.

 

Avec ce spectacle étonnant, le Châtelet conquiert un public de plus en plus varié qui montre un enthousiasme débordant au moment du salut final. Pour la première fois depuis 5 ans de fréquentation des salles lyriques parisiennes, j’ai vu un public debout pour acclamer une troupe tellement généreuse qu’elle a offert deux bis. Si les inhibitions du public d’opéra commencent à s’effacer, espérons que le mouvement s’amplifiera pour voir un jour les sièges voler tant l’envie de danser suscitée par ce spectacle était forte.

 

Impempe Yomlingo - La Flûte Enchantée 2

au Théâtre du Châtelet jusqu'au 18 octobre 10€ à 80€

Mise en scène : Mark Dornford-May

Direction Musicale : Mandisi Dyantis

Livret et Musique de Mandisi Dyantis, Mbali Kgosidintsi, Pauline Malefane et Nolufefe Mtshabe

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Vendredi 2 octobre 2009
Le théâtre du Châtelet ouvre sa saison lyrique avec deux versions de la Flûte enchantée. Tandis qu'une version africaine sera jouée pour la première fois le jeudi 8 octobre, la première de la version classique avait lieu hier soir. Il y avait foule pour entendre le choeur et l'orchestre de l'Opéra de Montpellier dirigés par Lawrence Foster et le public parisien était particulièrement en forme pour distribuer les bons et les mauvais points, les premiers pour l'excellent plateau lyrique, les seconds pour la désastreuse mise en scène de Jean-Paul Scarpitta.



Jean-Paul Scarpitta, artiste en résidence à l'Opéra de Montpellier, a choisi de faire de La Flûte enchantée un conte pour enfants. Pour cela, il se sert de deux récitants qui interviennent constament au cours de l'opéra pour décrire ce qu'il se passe et donner au spectateur la signification symboliqe et morale de l'histoire. Certes, La Flûte enchantée possède un des livrets les plus compliqués du répertoire mozartien mais l'utilisation de deux récitants pour raconter l'opéra qui se joue en même temps relève d'un manque total d'imagination et, surtout, conduit la mise en scène à commettre de nombreuses erreurs. Le texte même de ces récitants, écrit par Jean-Paul Scarpitta et Clémence Boulouque, est d'une platitude affligeante et vient remplacer les dialogues en allemand du livret original. Cela crée ainsi une triple coupure. D'une part, le conte philosophique mozartien devient le temps de ces répliques un conte niaiseux pour enfants, ensuite, le passage de l'allemand au français interrompt la musicalité de la langue au moment où elle est le plus fragile puisque la musique est suspendue, enfin, le jeu même des chanteurs passe soudain de l'action au mime puisqu'ils sont privés de la parole par les deux récitants. Il faut rajouter à cela le choix  de Scarpitta de faire de la flûte un symbole, de ne pas la confier à Tamino et de la suspendre en l'air au-dessus de lui pendant qu'il se contente de mimer les morceaux qu'il doit jouer pour se sortir de ses épreuves. Ce choix de mise en scène se révèle catastrophique puisqu'il empêche toute continuité dans le récit et laisse le spectateur définitivement en dehors du monde magique qui s'ouvre devant ses yeux. En effet, il faut quand même reconnaître à Scarpitta et à ses assistants une scénographie, des décors et des costumes particulièrement réussis. La scénographie est en fait la seule qualité qu'a su faire émerger Scarpitta de son choix de mise en scène. Il a voulu montrer le plus clairement possible les oppositions et les univers qui se rencontrent dans cette oeuvre. S'il s'était contenté de les montrer au lieu de les faire réciter, ce spectacle aurait été absolument magique. D'autant que cette scénographie très lisible s'inscrit dans un décor sobre mais efficace dans lequel évoluent des personnages aux costumes somptueux ainsi que des acrobates, des danseurs et un gigantesque lion en marionnette qui participent à créer un univers magique, drôle et surprenant. On se console donc de la mauvaise mise en scène en admirant des images sublimes, magnifiées par une musique presque parfaite. L'ouverture de l'acte II avec l'air de Sarastro "O Isis und Osiris" interprété par Petri Lindroos est ainsi un moment d'une beauté exceptionnelle tant le timbre à la fois chaud et brillant de Lindroos se même avec délice aux lumères blanches et dorées des décors et des costumes.
Ce sont effectivement les solistes qui font de cette production un vrai régal pour les oreilles et pour les yeux, même si de manière générale, on peut leur reprocher un léger manque de volume pour dépasser l'orchestre. La palme revient sans conteste à Sandrine Piau qui interprète une Pamina éblouissante de sensibilité et de caractère. Ses aigus sont incroyablement légers et sa voix vibre tout en grâce et en émotion. On retient ensuite l'excellente prestation des trois enfants de l'Opéra Junior aux voix déjà bien assurées, parfaitement justes. Enfin, Detlef Roth, campe un Papageno terriblement attachant, joyeux et poltron. Il parvient à révéler toute la profondeur du personnage de Papageno et nous ravit par son interprétation posée et fine. Le reste de la distribution est aussi de très bon niveau même si Uran Urtnasan Cozzoli propose une reine de la nuit un peu fade, aux aigus serrés. On est surtout ravi par les ensembles, en particulier par les trios et les quintets dans lesquels on admire un vrai travail collectif qui sublime la partition de Mozart. On regrettera néanmoins la baguette un peu molle de Lawrence Foster qui ne tire pas toute la puissance que l'on attendrait de l'orchestre en particulier sur l'ouverture et le final.
Malgré une mise en scène qui méritait les huées qu'elle a essuyées, cette production s'est donc avérée très réjouissante musicalement et visuellement et c'est avec plaisir que l'on retrouvera Sandrine Piau au cours de la saison, en particulier au théâtre des Champs-Elysées en mars pour un gala Haendel avec Philippe Jaroussky et Emmanuelle Haïm et en juin pour un Don Giovanni à la distribution très prometteuse.

La Flûte enchantée
Production de l'Opéra National de Montpellier
Dirigée par Lawrence Foster
Mise en scène par Jean-Paul Scarpitta
Avec Sandrine Piau (Pamina), Frédéric Antoun (Tamino), Detlef Roth (Papageno), Uran Urtnasan Cozzoli (la Reinde de la nuit), Petri Lindross (Sarastro)

Les 3 et 4 octobre au théâtre du Châtelet
Les 15, 16 et 18 octobre à l'Opéra Berlioz de Montpellier

Par Lwiss - Publié dans : Critiques - Communauté : Spectacle vivant
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Vendredi 25 septembre 2009
Motobécane,
avec Bernard Crombey
mise en scène de Bernard Crombey et Catherine Maignan avec la complicité de Maurice Bénichou
scénographie et lumière d'Yves Collet
au Lucernaire, 20h, 15/30€



Comme l'indique la balafre sur l'affiche, le succès de la pièce est tel qu'elle a été prolongée. Dans le hall du Forum du Lucernaire, d'innombrables coupures de presse sont affichées, toutes plus élogieuses les unes que les autres. Les 120 places du théâtre rouge (le Lucernaire compte en fait trois salles de spectacles dans lesquelles se succèdent jusqu'à une douzaine de pièces chaque jour) sont loin d'être pleines mais le public qui s'y assoit sait qu'il doit assister là à l'un des phénomènes de la rentrée théâtrale parisienne.


Le décor est minimaliste. Côté jardin, une Motobécane est suspendue à quelques décimètres du sol, dans les sacoches, des bouteilles vides. Côté cour, un casier à bouteille et un casque de moto sont eux aussi immobiles au bout de quelques fils de nylon descendus du plafond. Entre ces mobiles, la scène accueille un plancher carré légèrement surélevé et incliné. Le noir se fait puis un homme apparaît, penché sur un cahier qu'éclaire une découpe très ajustée. Pendant un peu plus d'une heure, Bernard Crombey raconte à la première personne l'histoire de Victor ou "Motobécane", adaptée du roman de Paul Savatier, Le Ravisseur. Le cahier, ouvert d'abord à la première page, va se remplir de l'histoire de cette homme un peu simple qu'on accuse de pédophilie et qui tente de rétablir sa vérité en la couchant sur le papier. Le récit prend place en Picardie et Victor parle le chtimi. De nombreuses critiques ont souligné l'humour qui se dégage de ce monologue et certains spectateurs n'attendent que l'exotisme des mots et du ton pour faire éclater les premiers rires. Mais la vie de Victor est plus sombre qu'il ne veut bien nous la décrire. Derrière des expressions taillées dans une langue rustique et prêtant à sourire, se dévoile une existence faite de solitude, de déception et d'ambiguité. On s'attache très vite à ce personnage qui se démêle non sans peine dans les souvenirs des quelques jours pendant lesquels il a caché une jeune écolière et qui lui valent à présent d'être en prison. Le jeu simple de Bernard Crombey, qui coule son verbe dans l'accent chtimi sans caricature et trouve le ton juste pour évoquer les blessures de son personnage, laisse une poésie amère et mélancolique envahir le spectateur.
Sans conteste, cette pièce et son succès témoignent de la vivacité du théâtre contemporain et de sa capacité à inviter le spectateur à retrouver le plaisir des mots et du verbe dans le cadre intimiste (même si le Lucernaire n'est pas la plus intimiste des salles parisiennes) d'un huis-clos. Néanmoins, l'unanimité des critiques donne à cette pièce une envergure qu'elle n'atteint pas. Une presse si positive laissait présager un morceau de théâtre puissant, qui parvient à sortir le spectateur de sa pesanteur quotidienne pour l'amener dans un espace différent et unique. Or, la poésie qui s'opère dans cette pièce n'atteint pas cette puissance. La première raison n'incombe pas directement au spectacle en lui-même. Un an et demi après la sortie du film à succès de Dany Boon, le fait de présenter une pièce en chtimi ne parvient pas à se détacher d'un certain effet de mode, renforcé par quelques bons clichés. Le Nord de la France est souvent perçu comme une région triste et dévastée socialement. Le film de Dany Boon, tout en voulant présenter les chtimis comme des gens heureux n'a pas non plus évité de montrer les villages abandonnés des anciens bassins miniers. On se souviendra aussi en 2008 de la banderole, insultante à l'égard des nordistes, déployée par des supporters parisiens et qui reprenait quelques clichés les plus abjects. Or, Motobécane, ne se défait pas de cette image dégradée renvoyée par le Nord. L'accent chtimi sert assez souvent de moteur humoristique et tant le paysage que les personnages décrits renvoient à une image toujours aussi noire du Nord. Mais si ces éléments se perçoivent facilement car ils renvoient à des faits d'actualités ou évènements culturels connus, ce n'est pas ce qui fait le plus défaut à cette pièce. Finalement, cette pièce ressemble à bien d'autres créations contemporaines que les critiques parisiens n'ont pas du se donner la peine d'aller voir car il fallait passer le périphérique et se rendre, par exemple, à Gennevilliers pour les admirer. A mon sens, pour que cette pièce soit un vrai évènement et un rendez-vous incontournable de la rentrée théâtrale, il lui manquerait un bon grain de folie, une trouvaille tant scénographique que dans le jeu d'acteur qui permettrait au spectateur de ne pas simplement écouter une histoire avant d'aller se coucher mais de plonger véritablement dans l'esprit de Victor et se retrouver confronté à son ambiguité profonde, à sa douleur et à ses questions. En somme, tout ceci est trop sage, séduisant sans être dérangeant et c'est peut-être ce qui plait tant aux critiques.
Par Lwiss - Publié dans : Critiques - Communauté : Spectacle vivant
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Jeudi 24 septembre 2009
Veuillez nous excuser pour cette interruption momentanée. Voilà ce que je pourrais vous dire après plus de 7 mois de silence et je suis d'autant plus désolé qu'il n'y a pas de véritable raison qui m'ait poussé à taire ce blog. A vrai dire, je m'étais astreint à critiquer l'intégralité d'une saison bien chargée et lors d'une semaine riche en rendez-vous, j'ai accumulé un retard tel que je n'ai jamais eu le courage de le combler. Je ne prendrai donc pas l'engagement de critiquer l'ensemble de la saison à venir et me contenterai de vous parler des spectacles sur lesquels j'aurai mon mot à dire. Bien sûr, à part le volet critique, ce blog va également continuer à accueillir quelques billets d'humeur, des recettes et divers écrits.

Avant de vous présenter les moments forts de la saison à venir, je souhaite vous donner quelques précisions sur les rédacteurs de ce blog. Pour ma part, je reprends mes études de géographie que j'avais interrompues en juin 2008 après la licence pour consacrer une année entière au chant et à la musicologie. Ce dernier volet m'ayant énormément déçu et tirant les conclusions de mon échec au concours du CNSM, j'ai remis la géographie au premier plan de mes préoccupations. C'est donc un master d'urbanisme que j'entamerai lundi prochain. Le chant continue à occuper une bonne partie de mon temps avec une grande nouveauté cette année : j'étudie désormais auprès d'un baryton martin. Côté scène, je me produirai en décembre avec l'ensemble vocal Otrente dirigé par Raphaël Pichon sur un programme de chansons françaises (Poulenc, Fauré, Debussy) et de mélodies anglaises ; ainsi qu'en mai 2010 où je tiendrai le rôle de Claudio dans l'opéra Béatrice et Bénédict de Berlioz, monté par le conservatoire Paul Dukas. Quant à Sarah, elle interviendra à nouveau ponctuellement sur ces pages lorsque son travail de chargée de production et de diffusion pour l'ensemble Almaviva, la compagnie l'Echappée Lyrique et le festival Opéra des Rues lui laissera le temps de vous parler de ses coups de coeur de la saison et de l'actualité de ses productions.

Il serait fastidieux de résumer la fin de saison 2008-2009 que je n'ai pas évoquée sur ce blog. Néanmoins, quelques points sont à retenir. Notre abonnement à la Comédie Française a été très décevant. Ormis L'Ordinaire de et par Michel Vinaver, les pièces jouées par cette troupe nous ont peu emballés et peinaient à se défaire d'un enrobage plutôt pousséreux. A l'inverse, l'abonnement au théâtre des Amandiers a été une vraie réussite. On retiendra aussi de très bons moments à la Bastille et à l'Opéra Comique, en particulier avec un Didon et Enée par les Arts Florissants et, surtout, Malena Ernman en Didon époustouflante. Le nom de cette mezzo est à noter précieusement car on la retrouverait avec plaisir. Sur cette liste des découvertes (découvertes pour nous car pour les experts du genre ces noms étaient déjà connus), il faut rajouter une autre mezzo, Anna-Caterina Antonacci, extraordinaire en Carmen à l'Opéra Comique malgré une mise en scène grossière, Luca Pisaroni, baryton épatant en Guglielmo aux Champs-Elysées, Yann Beuron, ténor fascinant dans Yvonne à l'opéra Garnier. Deux compositeurs m'auront également marqué cette saison : Philippe Boesmans dont la modernité historique m'a emballé et
Richard Wagner avec qui j'ai eu mon premier contact en version scénique pour Tristan und Isolde.

Ceci étant dit, voici ce qu'il ne faudra pas rater en 2009-2010.
L'opéra de Paris accueille un nouveau directeur, Nicolas Joël venu du Capitole, qui rétablit le poste de directeur musical en y nommant Philippe Jordan. On se précipitera pour écouter sous sa baguette le prologue et le premier tableau du Ring de Wagner. On apprécie aussi le retour de Natalie Dessay sur les planches de la Bastille dans la Bohème et une nouvelle production de Werther avec Jonas Kaufman et Ludovic Tézier. A l'Opéra Comique, de nombreuses surprises sont à découvrir parmi lesquelles une mise en scène de Denis Podalydès sur Fortunio et Pelléas et Mélisande dirigé par Gardiner et mis en scène par Braunschweig. Côté surprise, on ne sera pas déçu tant par la programmation que la tarification du Châtelet qui offre aux détenteurs de la carte Châtelet jeune (15€) des places à 20€ en 2e catégorie sur une sélection de dates couvrant l'ensemble de sa programmation. Il faudra donc se précipiter sur une double production de la Flûte Enchantée en version allemande puis en version africaine et sur Norma. Enfin, et pour assurer la transition avec les théâtres, le théâtre de la Ville programme deux fois l'Opéra de Quat'sous mis en scène par Bob Wilson. On retrouvera dans ce théâtre une pièce de Heiner Goebbels dont nous avions beaucoup apprécié Stifters Dinge l'an dernier à Gennevilliers. Il ne faudra pas rater non plus
au Lucernaire Motobécane qui a triomphé à Avignon, 11 and 12 aux Bouffes du Nord, deux pièces de Ibsen par Braunschweig à la Colline. On parlera aussi dans les pages de ce blog de l'Opéra de Lille qui propose une programmation d'excellente qualité avec un abonnement jeune à 30€ pour 4 spectacles, absolument exceptionnel, nous y verrons entre autres une Carmen mise en scène par Jean-François Sivadier et chantée par Stéphanie d'Oustrac.

Voilà pour le programme. Bonne saison et bonne lecture!
Par Lwiss - Publié dans : Le blog de Lwiss
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Mardi 17 février 2009

Je ne peux même pas attendre demain pour vous parler du dernier opéra vu à l’Opéra Bastille : La Ronde de Philippe Boesmans. Il y a deux raisons à cela : d’une part je veux profiter de l’enthousiasme de sortie de salle pour vous le faire partager, d’autre part cet opéra dont c’était la première ce soir ne se donne plus que deux fois, demain et jeudi.

 

C’est pour faire écho à la programmation sur la grande scène de Bastille de l’opéra Yvonne, princesse de Bourgogne (voir plus bas) que l’Opéra de Paris a programmé à l’amphithéâtre Bastille cette pièce de Philippe Boesmans, déjà fondée sur un livret de Luc Bondy. La partition pour orchestre a été adaptée pour un orchestre de chambre par Fabrizio Cassol et est conduite par Winfried Maczewski. La mise en scène est assurée par Harry Kupfer et les solistes sont tous issus de l’Opera Studio Nederland.

L’histoire, adaptée de la pièce homonyme d’Arthur Schnitzler tient sur un procédé : la répétition d’une situation dans laquelle les personnages changent un par un. On assiste d’abord aux ébat d’un soldat et d’une prostituée puis de ce même soldat avec une femme de chambre puis de cette femme de chambre avec un jeune homme…etc… jusqu’à la dernière scène où la prostituée réapparait avec un comte. Le thème était donc déjà plutôt subversif pour un Opéra de Paris plus adepte des histoires de princesses. La mise en scène n’hésite alors pas à montrer les ébats crûment, on voit des corps nus se monter dessus et rouler dans des draps rouges dès la première scène, des sopranos qui n’en finissent plus de jouir de leurs aigus et des hommes qui donnent de la voix le nez plongé entre deux seins ou entre deux fesses. D’ailleurs, les solistes de l’Opera Studio Nederland impressionnent par leur capacité à tenir cette mise en scène osée sans faire aucune fausse note et, au contraire, en déployant une maîtrise vocale époustouflante. On remarque avec plaisir que cet atelier lyrique néerlandais produit des chanteurs aux personnalités variées : soprano à la voix large et au vibrato ample ou au contraire à la voie fine et légère, ténors puissants et barytons clairs. Mais plus que tout, c’est la partition qui ravit le spectateur de ce spectacle. Philippe Boesmans fait encore une fois preuve d’un talent et d’une intelligence extraordinaire pour tirer de l’orchestre et des chanteurs une musique vive et expressive, infiniment riche de couleurs et d’humour. Gérard Mortier était présent dans la salle et il a pu apprécier, pour une fois, un public conquis par cette programmation audacieuse et délicieuse.

 

 

La Ronde de Philippe Boesmans, à l’Amphithéâtre Bastille, 120 rue de Lyon, Paris 12e, jusqu’au 19 février à 20h, 30€, 10€ pour les jeunes.

Par Lwiss - Publié dans : Critiques - Communauté : musique classique
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