Pour cette création à une tête d’affiche (Jean-Pierre Darroussin), le théâtre du Rond-Point propose au spectateur d’assister à un huis-clos à la ferme briarde de feu M. Cheutié, maire du village de La Chapelle-en-Brie pendant des dizaines d’années. André Cheutié, son fils et maire déchu, rumine sa misanthropie dans cette ferme, noyée sous la pluie depuis 40 jours. La nuit de la Toussaint, il va recevoir la visite plutôt inopportune de ses trois frères : Albert Cheutié, DRH licencié depuis 6 mois (joué par Pascal Elso), Alain Cheutié, ancien flic à la retraite (Patrick Bonnel) et Arnaud Cheutié le saltimbanque de la famille (Philippe Risler). Ils ne se sont pas vus depuis plusieurs mois, ont tous leurs vieilles rancunes et leurs lourds secrets.
Dans un décor réaliste et plutôt
réussi grâce à l’accumulation de dizaines de bouteilles de vins sur toute la scène, cette bonne idée de départ (la relation entre les quatre frères, l’image sociale de chacun, les secrets de
famille…) commence comme une simple comédie pour se terminer dans une noirceur improbable. Si Jean-Pierre Darroussin est assez « bon misanthrope » en pyjama, si le texte fait preuve
d’un humour cynique dès le début, très vite les calembours s’enchaînent et le sur-jeu des comédiens (en particulier de Patrick Bonnel, insupportable) font totalement écran à une possible poésie
noire. Le spectateur assiste à une partition sans nuance aucune, digne d’une pièce de boulevard plombée par les grosses ficelles et le vocabulaire plat comme la Brie (« Tu t’es fait
refaire les paupières à l’œil »), voire inutilement vulgaire (« J’en ai marre de réparer vos conneries ! Toute ma putain de vie, j’ai réparé vos conneries ! Je
me demande même si Dieu ne m’a pas créé pour réparer vos conneries ! Tu répareras les conneries de tes frères ! »). Au lieu de l’intériorité et de la retenue qui auraient été
nécessaires pour faire oublier le peu d’inspiration du texte (d’Alain Gautré), les comédiens tournent en rond. Florence Payros (qui joue Alexandra Selymes, la maîtresse d’Albert)
s’emmêle dans son accent croate et ne trouve pas sa place dans la fratrie Cheutié. Les entrées et sorties, trop prévisibles, terminent de fatiguer le spectateur qui ne parvient pas du tout à
s’intéresser au drame familial révélé à la fin de la pièce.
Critique rédigée par Sarah
La Chapelle-en-Brie, d’Alain Gautré
Était donné au théâtre du Rond-Point du 15 septembre au 31 octobre 2009 et sera donné entre le 3 novembre 2009 et le 19 janvier 2010 à Rueil-Malmaison, Guyancourt, Villeneuve-sur-Lot, Cahors, Ales, Narbonne, Lattes, Albi, Chelles, Saint-Quentin, Amiens, Limoges, Nice, Aix-en-Provence, Rungis, Compiègne, Le Creusot, Château-Gontier, Fontainebleau.
Mis en scène par Alain Gautré
Avec Patrick Bonnel, Jean-Pierre Darroussin, Pascal Elso, Florence Payros, Philippe Risler.
Scénographie d’Orazio Trotta et Alain Gautré
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Sur le papier, le spectacle s’annonçait déjà
assez peu réjouissant. Dardanus s’appuie sur un livret de
A Bruges, Paul ne se remet pas de la mort de Marie. Sa
tristesse le plonge dans des hallucinations qui lui font rencontrer Marietta, une danseuse qui le séduit tant elle ressemble à Marie. La mise en scène de Willy Decker et les décors et les
costumes de Wolfgang Gussman nous emportent avec génie dans les songes de Paul. Le salon dans lequel on le voit se lamenter au lever de rideau s’éventre soudain pour faire jaillir les
personnages qui peuplent ses rêves. La réalité se mélange avec le fantasme et la divagation dans un tourbillon de lumières. On est happé dans cet univers instable et projeté au cœur de la
détresse de Paul. Le seul reproche qu’essuie cette mise en scène tient dans un élément plutôt maladroit : le plafond du salon se tord quand Paul commence à se perdre dans ses songes et
parvient alors à couper la vue des spectateurs du second balcon sur le fond de scène, au moment même où une procession s’y déroule. Une large partie du public se retrouve alors privée de ces
belles images.
Pour la première fois depuis mon installation à
Paris, j’ai testé les places à 5€ de l’opéra Bastille. Chaque soir, cette salle met en vente 62 places en fond de parterre. Le placement est libre, debout et les surtitres ne sont pas visibles.
Comme toutes les places bon marché de l’Opéra National de Paris, elles sont vendues uniquement au guichet. Pour les obtenir, il faut faire la queue le jour même devant l’opéra Bastille et
attendre l’ouverture des portes à 18h15 pour accéder aux bornes automatiques qui délivrent le précieux sésame. J’ai donc bravé le froid de 16h15 à 18h15 pour être parmi les 62 heureux élus du
jour. Inutile de dire que ceux qui sont arrivés après 17h30 sont repartis bredouille. Par ailleurs, il ne restait pour cette représentation aucun billet à vendre à l’ouverture du rideau mais cela
n’a pas empêché certains fauteuils de rester inoccupés et j’ai pu me glisser jusqu’au second balcon et j’ai donc assisté au spectacle assis, en voyant parfaitement la scène et les surtitres, tout
cela pour cinq euros… et deux heures à grelotter dans le vent froid qui giflait les murs de l’Opéra.
Derniers Commentaires