37 ans après sa création à Versailles, la mise en scène de Giorgio Strehler est reprise à l'opéra Bastille, servie par une distribution réjouissante, sous la direction bien maîtrisée de Philippe Jordan.
On aurait pu s'attendre à un public un peu plus nombreux pour cette première à Bastille mais il y avait quelques rangs vides au lever de rideau. Certains sièges ont finalement été occupés au précipiter de la fin du Ier acte par des retardataires qui n'ont, en fait, pas raté grand chose. En effet, le premier acte a soulevé bien des inquiétudes. Après une ouverture bien exécutée mais menée sans enjouement, les premiers airs se sont avérés bien bancales. Les chanteurs ne semblaient pas très en voix et avaient du mal à passer un orchestre, peut-être, un peu fort. Il a fallu tendre l'oreille pour entendre les airs, jusqu'au Non piu andrai de Figaro, interprété avec une certaine originalité par Luca Pisaroni mais qui pêchait par manque d'homogénéité entre les intentions de l'orchestre et celles du soliste. La mise en scène non plus ne s’est pas révélée à la hauteur des attentes dans ce premier tableau un peu trop statique où les chanteurs se retrouvaient souvent à interpréter leurs airs face à la rampe. Seuls les récitatifs, très bien théâtralisés, aussi bien musicalement que scéniquement, étaient porteurs des promesses que tinrent les actes suivants.
L’acte II contrasta nettement avec le précédent. Orchestre et solistes trouvèrent un équilibre nettement plus confortable à l’écoute et l’on put enfin profiter pleinement des qualités fe la distribution rassemblée par Nicolas Joël pour cette reprise. Barbara Frittoli ouvrit les festivités avec un Porgi Amor tout en délicatesse, aux aigus incroyablement légers et voluptueux. Ce régal se poursuivit avec Voi che sapete interprété par Karine Deshayes qui fut étonnante de profondeur dans les graves tout en offrant un air attendrissant et vif.
L’acte III fut le moment de grâce de Ludovic Tézier et Barbara Frittoli, campant un couple comtale vocalement parfait : timbres chauds, nuances subtiles et intelligence du texte.
Enfin, l’acte IV fut l’occasion d’apprécier une dernière fois Luca Pisaroni et Ekaterina Syurina en Figaro et Suzanne au jeu cabotin et aux voix à la fois jeunes et affirmées.
Les seconds rôles ne furent pas tous égaux mais on peut souligner la bonne présence scénique et vocale d’Ann Muray, offrant une interprétation désopilante de Marcellina.
La direction de Philippe Jordan, sans être exceptionnelle, rendait parfaitement toute la richesse des harmonies et des nuances mozartiennes tandis que la mise en scène de Giorgio Strehler, plus dynamique dans les trois derniers actes, tirait un très bon profit des effets comiques des récitatifs et laissait beaucoup d’espaces aux solistes pour s’exprimer dans leurs airs : parti pris franc mais sans lourdeur, ce traitement des personnages est très appréciable chez Mozart.
Finalement, seul le chœur a vraiment déçu : trop en retrait et plutôt insipide. Cela ne nuit pas vraiment à l’ensemble mais est quand même représentatif de l’impression générale qui se dégage de cette production : perfection musicale, sobriété scénique mais pas de petit grain de folie qui ferait de cet opéra une véritable « folle journée ».
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Dans un décor réaliste et plutôt
réussi grâce à l’accumulation de dizaines de bouteilles de vins sur toute la scène, cette bonne idée de départ (la relation entre les quatre frères, l’image sociale de chacun, les secrets de
famille…) commence comme une simple comédie pour se terminer dans une noirceur improbable. Si Jean-Pierre Darroussin est assez « bon misanthrope » en pyjama, si le texte fait preuve
d’un humour cynique dès le début, très vite les calembours s’enchaînent et le sur-jeu des comédiens (en particulier de Patrick Bonnel, insupportable) font totalement écran à une possible poésie
noire. Le spectateur assiste à une partition sans nuance aucune, digne d’une pièce de boulevard plombée par les grosses ficelles et le vocabulaire plat comme la Brie (« Tu t’es fait
refaire les paupières à l’œil »), voire inutilement vulgaire (« J’en ai marre de réparer vos conneries ! Toute ma putain de vie, j’ai réparé vos conneries ! Je
me demande même si Dieu ne m’a pas créé pour réparer vos conneries ! Tu répareras les conneries de tes frères ! »). Au lieu de l’intériorité et de la retenue qui auraient été
nécessaires pour faire oublier le peu d’inspiration du texte (d’Alain Gautré), les comédiens tournent en rond. Florence Payros (qui joue Alexandra Selymes, la maîtresse d’Albert)
s’emmêle dans son accent croate et ne trouve pas sa place dans la fratrie Cheutié. Les entrées et sorties, trop prévisibles, terminent de fatiguer le spectateur qui ne parvient pas du tout à
s’intéresser au drame familial révélé à la fin de la pièce.
Sur le papier, le spectacle s’annonçait déjà
assez peu réjouissant. Dardanus s’appuie sur un livret de
A Bruges, Paul ne se remet pas de la mort de Marie. Sa
tristesse le plonge dans des hallucinations qui lui font rencontrer Marietta, une danseuse qui le séduit tant elle ressemble à Marie. La mise en scène de Willy Decker et les décors et les
costumes de Wolfgang Gussman nous emportent avec génie dans les songes de Paul. Le salon dans lequel on le voit se lamenter au lever de rideau s’éventre soudain pour faire jaillir les
personnages qui peuplent ses rêves. La réalité se mélange avec le fantasme et la divagation dans un tourbillon de lumières. On est happé dans cet univers instable et projeté au cœur de la
détresse de Paul. Le seul reproche qu’essuie cette mise en scène tient dans un élément plutôt maladroit : le plafond du salon se tord quand Paul commence à se perdre dans ses songes et
parvient alors à couper la vue des spectateurs du second balcon sur le fond de scène, au moment même où une procession s’y déroule. Une large partie du public se retrouve alors privée de ces
belles images.
Pour la première fois depuis mon installation à
Paris, j’ai testé les places à 5€ de l’opéra Bastille. Chaque soir, cette salle met en vente 62 places en fond de parterre. Le placement est libre, debout et les surtitres ne sont pas visibles.
Comme toutes les places bon marché de l’Opéra National de Paris, elles sont vendues uniquement au guichet. Pour les obtenir, il faut faire la queue le jour même devant l’opéra Bastille et
attendre l’ouverture des portes à 18h15 pour accéder aux bornes automatiques qui délivrent le précieux sésame. J’ai donc bravé le froid de 16h15 à 18h15 pour être parmi les 62 heureux élus du
jour. Inutile de dire que ceux qui sont arrivés après 17h30 sont repartis bredouille. Par ailleurs, il ne restait pour cette représentation aucun billet à vendre à l’ouverture du rideau mais cela
n’a pas empêché certains fauteuils de rester inoccupés et j’ai pu me glisser jusqu’au second balcon et j’ai donc assisté au spectacle assis, en voyant parfaitement la scène et les surtitres, tout
cela pour cinq euros… et deux heures à grelotter dans le vent froid qui giflait les murs de l’Opéra.
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