Vendredi 25 septembre 2009
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Motobécane,
avec Bernard Crombey
mise en scène de Bernard Crombey et Catherine Maignan avec la complicité de Maurice Bénichou
scénographie et lumière d'Yves Collet
au Lucernaire, 20h, 15/30€
Comme l'indique la balafre sur l'affiche, le succès de la pièce est tel qu'elle a été prolongée. Dans le hall du Forum du Lucernaire, d'innombrables coupures de presse sont affichées, toutes plus
élogieuses les unes que les autres. Les 120 places du théâtre rouge (le Lucernaire compte en fait trois salles de spectacles dans lesquelles se succèdent jusqu'à une douzaine de pièces chaque jour)
sont loin d'être pleines mais le public qui s'y assoit sait qu'il doit assister là à l'un des phénomènes de la rentrée théâtrale parisienne.
Le décor est minimaliste. Côté jardin, une Motobécane est suspendue à quelques décimètres du sol, dans les sacoches, des bouteilles vides. Côté cour, un casier à
bouteille et un casque de moto sont eux aussi immobiles au bout de quelques fils de nylon descendus du plafond. Entre ces mobiles, la scène accueille un plancher carré légèrement surélevé et
incliné. Le noir se fait puis un homme apparaît, penché sur un cahier qu'éclaire une découpe très ajustée. Pendant un peu plus d'une heure, Bernard Crombey raconte à la première personne l'histoire
de Victor ou "Motobécane", adaptée du roman de Paul Savatier, Le Ravisseur. Le cahier, ouvert d'abord à la première page, va se remplir de l'histoire de cette homme un peu simple qu'on
accuse de pédophilie et qui tente de rétablir sa vérité en la couchant sur le papier. Le récit prend place en Picardie et Victor parle le chtimi. De nombreuses
critiques ont souligné l'humour qui se dégage de ce monologue et certains spectateurs n'attendent que l'exotisme des mots et du ton pour faire éclater les premiers rires. Mais la vie de Victor est
plus sombre qu'il ne veut bien nous la décrire. Derrière des expressions taillées dans une langue rustique et prêtant à sourire, se dévoile une existence faite de solitude, de déception et
d'ambiguité. On s'attache très vite à ce personnage qui se démêle non sans peine dans les souvenirs des quelques jours pendant lesquels il a caché une jeune écolière et qui lui valent à présent
d'être en prison. Le jeu simple de Bernard Crombey, qui coule son verbe dans l'accent chtimi sans caricature et trouve le ton juste pour évoquer les blessures de son personnage, laisse une poésie
amère et mélancolique envahir le spectateur.
Sans conteste, cette pièce et son succès témoignent de la vivacité du théâtre contemporain et de sa capacité à inviter le spectateur à retrouver le plaisir des mots et du verbe dans le cadre
intimiste (même si le Lucernaire n'est pas la plus intimiste des salles parisiennes) d'un huis-clos. Néanmoins, l'unanimité des critiques donne à cette pièce une envergure qu'elle n'atteint pas.
Une presse si positive laissait présager un morceau de théâtre puissant, qui parvient à sortir le spectateur de sa pesanteur quotidienne pour l'amener dans un espace différent et unique. Or, la
poésie qui s'opère dans cette pièce n'atteint pas cette puissance. La première raison n'incombe pas directement au spectacle en lui-même. Un an et demi après la sortie du film à succès de Dany
Boon, le fait de présenter une pièce en chtimi ne parvient pas à se détacher d'un certain effet de mode, renforcé par quelques bons clichés. Le Nord de la France est souvent perçu comme une région
triste et dévastée socialement. Le film de Dany Boon, tout en voulant présenter les chtimis comme des gens heureux n'a pas non plus évité de montrer les villages abandonnés des anciens bassins
miniers. On se souviendra aussi en 2008 de la banderole, insultante à l'égard des nordistes, déployée par des supporters parisiens et qui reprenait quelques clichés les plus abjects. Or,
Motobécane, ne se défait pas de cette image dégradée renvoyée par le Nord. L'accent chtimi sert assez souvent de moteur humoristique et tant le paysage que les personnages décrits
renvoient à une image toujours aussi noire du Nord. Mais si ces éléments se perçoivent facilement car ils renvoient à des faits d'actualités ou évènements culturels connus, ce n'est pas ce qui fait
le plus défaut à cette pièce. Finalement, cette pièce ressemble à bien d'autres créations contemporaines que les critiques parisiens n'ont pas du se donner la peine d'aller voir car il fallait
passer le périphérique et se rendre, par exemple, à Gennevilliers pour les admirer. A mon sens, pour que cette pièce soit un vrai évènement et un rendez-vous incontournable de la rentrée théâtrale,
il lui manquerait un bon grain de folie, une trouvaille tant scénographique que dans le jeu d'acteur qui permettrait au spectateur de ne pas simplement écouter une histoire avant d'aller se coucher
mais de plonger véritablement dans l'esprit de Victor et se retrouver confronté à son ambiguité profonde, à sa douleur et à ses questions. En somme, tout ceci est trop sage, séduisant sans être
dérangeant et c'est peut-être ce qui plait tant aux critiques.
Par Lwiss
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Publié dans : Critiques
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