Partager l'article ! Impempe Yomlingo - La Flûte Enchantée 2 - Théâtre du Châtelet: Après une ouverture de saison en demi-teinte de sa saison par une version classiq ...
Le Blog de Lwiss
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Imaginée en 2006 à Cape Town par le metteur en scène Mark Dornford-May, cette production réunit une troupe composée exclusivement de musiciens et de
chanteurs noirs sud-africains. Tournant aussi bien dans les townships qu'à l'étranger, cette troupe s'approprie le répertoire européen pour le réinventer et en faire une œuvre africaine.
Lorsque l'on pénètre dans la salle, les artistes sont déjà sur scène, discutent et rient. Des deux côtés d'un plateau en parquet fortement incliné, 16 marimbas font office d'orchestre
symphonique. Puis la lumière s'éteint et les musiciens prennent place derrière leurs instruments pour interpréter une version époustouflante de l'ouverture de l'opéra de Mozart. Avec étonnement,
on s’aperçoit que les marimbas produisent une musique riche et pleine de nuance qui donne à la musique viennoise une couleur insoupçonnée. Puis rentre Tamino, poursuivi par un monstre qui crache
de la fumée à travers les lattes du parquet. Il appelle à l’aide mêlant anglais et dialecte sud-africain et obtient le secours des trois dames de la Reine de la Nuit. Si la musique est
scrupuleusement respectée, le livret s’éloigne largement d’une simple traduction de l’allemand. Les dialogues sont pleins d’un humour inattendus. Papageno raconte comment il a vaincu le serpent
(c’est un mensonge bien sûr) : « First I was afraid, I was petrified ! » Les voix ne sont pas lyriques bien qu’elles cherchent à s’en approcher.
Elles sont un mélange de soul et de gospel qui réchauffe les airs et surtout les ensembles, particulièrement rythmés et réjouissants. Dans un décor d’échafaudages qui rappellent un milieu urbain
dégradé, l’opéra se fait fable au service d’un idéal d’égalité entre l’homme et la femme, appelés tous deux à combattre le mal. Là encore le livret est réécrit pour effacer ses empreintes
misogynes et dessiner un hymne à l’égalité. Loin de dénaturer l’œuvre, cette réécriture lui donne une portée nouvelle et vise d’autant plus juste qu’elle naît de l’histoire de l’Afrique du Sud,
traversée par la question de l’égalité et de la rencontre parfois violente entre une culture européenne et une culture africaine.
La musique même est enjeu d’égalité puisque, si les rôles principaux sont tenus par des solistes, ceux-ci sont amenés aussi bien à prendre part au chœur qu’à l’orchestre. Dans ce bel ensemble, les voix des solistes ne retiennent d’ailleurs pas vraiment l’attention. Nobulumko Mngxekeza (Pamina) développe le timbre le plus lyrique de la troupe et émeut par une interprétation pleine de fougue. En revanche, Pauline Malefane n’a pas la voix taillée pour la Reine de la Nuit et ses accents lyriques ne parviennent pas à masquer de réelles difficultés à porter vocalement ce rôle. Mhlekazi Andy Mosiea interprète quant à lui un Tamino à la voix particulièrement claire et légère, un régal qui n’a rien de lyrique mais qui s’avère terriblement savoureux. Papageno (Zamile Gantana) est absolument désopilant tandis que Sarastro (Simphiwe Mayeki) impressionne par sa solennité et son charisme. Finalement, le seul véritable reproche que l’on peut faire à cette production est d’avoir raccourci l’opéra. D’une part, on aurait bien profité plus longtemps de cette excellente musique. D’autre part, on regrette franchement la suppression de plusieurs couplets dans quelques uns des airs les plus fameux de l’œuvre voire la suppression pure et simple de deux des plus beaux airs de Papageno et de Pamina.
Avec ce spectacle étonnant, le Châtelet conquiert un public de plus en plus varié qui montre un enthousiasme débordant au moment du salut final. Pour la première fois depuis 5 ans de fréquentation des salles lyriques parisiennes, j’ai vu un public debout pour acclamer une troupe tellement généreuse qu’elle a offert deux bis. Si les inhibitions du public d’opéra commencent à s’effacer, espérons que le mouvement s’amplifiera pour voir un jour les sièges voler tant l’envie de danser suscitée par ce spectacle était forte.
Impempe Yomlingo - La Flûte Enchantée 2
au Théâtre du Châtelet jusqu'au 18 octobre 10€ à 80€
Mise en scène : Mark Dornford-May
Direction Musicale : Mandisi Dyantis
Livret et Musique de Mandisi Dyantis, Mbali Kgosidintsi, Pauline Malefane et Nolufefe Mtshabe
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