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Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 11:25

37 ans après sa création à Versailles, la mise en scène de Giorgio Strehler est reprise à l'opéra Bastille, servie par une distribution réjouissante, sous la direction bien maîtrisée de Philippe Jordan.

 

On aurait pu s'attendre à un public un peu plus nombreux pour cette première à Bastille mais il y avait quelques rangs vides au lever de rideau. Certains sièges ont finalement été occupés au précipiter de la fin du Ier acte par des retardataires qui n'ont, en fait, pas raté grand chose. En effet, le premier acte a soulevé bien des inquiétudes. Après une ouverture bien exécutée mais menée sans enjouement, les premiers airs se sont avérés bien bancales. Les chanteurs ne semblaient pas très en voix et avaient du mal à passer un orchestre, peut-être, un peu fort. Il a fallu tendre l'oreille pour entendre les airs, jusqu'au Non piu andrai de Figaro, interprété avec une certaine originalité par Luca Pisaroni mais qui pêchait par manque d'homogénéité entre les intentions de l'orchestre et celles du soliste. La mise en scène non plus ne s’est pas révélée à la hauteur des attentes dans ce premier tableau un peu trop statique où les chanteurs se retrouvaient souvent à interpréter leurs airs face à la rampe. Seuls les récitatifs, très bien théâtralisés, aussi bien musicalement que scéniquement, étaient porteurs des promesses que tinrent les actes suivants.

L’acte II contrasta nettement avec le précédent. Orchestre et solistes trouvèrent un équilibre nettement plus confortable à l’écoute et l’on put enfin profiter pleinement des qualités fe la distribution rassemblée par Nicolas Joël pour cette reprise. Barbara Frittoli ouvrit les festivités avec un Porgi Amor tout en délicatesse, aux aigus incroyablement légers et voluptueux.  Ce régal se poursuivit avec Voi che sapete interprété par Karine Deshayes qui fut étonnante de profondeur dans les graves tout en offrant un air attendrissant et vif.

L’acte III fut le moment de grâce de Ludovic Tézier  et Barbara Frittoli, campant un couple comtale vocalement parfait : timbres chauds, nuances subtiles et intelligence du texte.

Enfin, l’acte IV fut l’occasion d’apprécier une dernière fois Luca Pisaroni et Ekaterina Syurina en Figaro et Suzanne au jeu cabotin et aux voix à la fois jeunes et affirmées.

Les seconds rôles ne furent pas tous égaux mais on peut souligner la bonne présence scénique et vocale d’Ann Muray, offrant une interprétation désopilante de Marcellina.

La direction de Philippe Jordan, sans être exceptionnelle, rendait parfaitement toute la richesse des harmonies et des nuances mozartiennes tandis que la mise en scène de Giorgio Strehler, plus dynamique dans les trois derniers actes, tirait un très bon profit des effets comiques des récitatifs et laissait beaucoup d’espaces aux solistes pour s’exprimer dans leurs airs : parti pris franc mais sans lourdeur, ce traitement des personnages est très appréciable chez Mozart.

Finalement, seul le chœur a vraiment déçu : trop en retrait et plutôt insipide. Cela ne nuit pas vraiment à l’ensemble mais est quand même représentatif de l’impression générale qui se dégage de cette production : perfection musicale, sobriété scénique mais pas de petit grain de folie qui ferait de cet opéra une véritable « folle journée ».

Par Lwiss - Publié dans : Critiques - Communauté : Spectacle vivant
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