Tragique avenue Montaigne
Samedi soir, 19h, métro Alma-Morceau. Nous voici en plein VIIIe arrondissement. Derrière un vison et un smocking, nous remontons l'avenue Montaigne où se dresse entre un hotel particulier et une boutique Lancel le théâtre des Champs-Elysées.
Construit en 1913, ce théâtre est l'exemple-type d'une architecture à la fois moderne et nostalgique qui produit des lieux sans âme ni élégants ni fonctionnels. Le palais des festivals de Bayreuth avait pourtant déjà 35 ans et l'idée que le théâtre à l'italienne était d'un autre temps aurait du faire son chemin. Mais Henry van de Welde ne devait pas être noble pour rien et l'idée de disposer la salle vers la scène plutôt qu'autour du parterre soit ne lui vint pas à l'esprit soit le choquait profondément. Au final, celà donne un théâtre de 1900 places dont plus de la moitié avec visibilité partielle voire nulle. Il y a même des galeries résolument tournées vers le fond de la salle! Or, si ce genre de désagrément est acceptable au palais Garnier où même sans rien voir au spectacle, on se sent hors du temps, entouré du rouge et de l'or des balcons, du vert et du jaune du plafond peint par Chagall, il est parfaitement insupportable de se retrouver au 2e balcon des champs-elysées, de profil et gêné par la proéminence du balcon et des projecteurs. Rien dans ce théâtre ne divertit du désespoir de ne rien voir. La salle est laide, le plafond semble peser comme une chappe poussiéreuse et les peintures donnent la nausée tant elles sont brunies de banalité. Nous changeâmes donc de place à l'entracte après avoir repéré deux strapontins vacants au 1er balcon.
Armide se donnait pour la dernière fois, sous la direction de William Christie et mis en scène par Robert Carsen. Ce dernier opéra de Lully commence par un prologue où dialoguent la gloire et la raison et intervient le choeur. La gloire était interprétée par Isabelle Druet, raison de plus pour savourer ce moment de musique exceptionnel. En guise de décor, une vidéo montrant un groupe de touristes à Versaille ; la gloire et la raison se font alors guides de musée. Robert Carsen ouvre donc cet opéra sans la moindre légèreté puisqu'il s'agit de souligner la flatterie adressée à Louis XIV dans lialogue entre la gloire et la raison. Quoi de plus fin et de plus original que de projeter des images de Versailles et du roi? Puis le rideau se lève et le décor apparait, brillant, couleur argent et rouge vif, plaçant l'action dans la chambre de la reine qui prend des allures des Star Ac. Robert Carsen fait alors de cette tragédie poétique une simple histoire de ménage où Armide habillée en nuisette rouge voit le chevalier Renaud lui échapper. Les costumes et les décors, de la même couleur, sont non seulement hideux, mais surtout ils construisent une lecture littérale d'un conte qui méritait bien plus d'imagination et de créativité. Au final, le spectacle est totalement déséquilibré. Musique superbe, magnifiquement interprétée par les Arts Florissants, mise en scène lamentable. De quoi devenir schizophrène lorsque, Christie et Carsen saluant main dans la main, je me retrouve à applaudir à tout rompre et à huer en même temps!